Corpus des Œuvres de Philosophie en Langue française

 

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ABBADIE, Jacques (1654-1727)

L’Art de se connaître soi-même (1692)

Né dans le Béarn et mort près de Londres en 1727, Abbadie (1654-1727), théologien, érudit, moraliste et prédicateur, est un grand nom de l'apologétique protestante – et de la littérature française. Bien éduqué par les chefs religieux de sa province, il sera Docteur en théologie et, suite à la révocation de l'édit de Nantes, ministre à la colonie protestante du Brandebourg ; après un voyage en Hollande où il retrouve  les réfugiés rassemblés autour de Jurieu,  il suit en Angleterre milord Galway maréchal de Schomberg, Lieutenant général d'Irlande, s'installe à Dublin et reçoit le doyenné de Killalow, puis regagnant Londres met sa plume au service du roi Guillaume III pour soutenir le droit divin du pouvoir des souverains – il défendait quatre ans plus tôt le droit populaire de résistance et de déchéance. On sait qu’il rédigea, sur la demande du roi, la version officieuse de la (soi-disant) conjuration papiste —sa récompense :  le titre de Doyen de St Patrick à Dublin. L'œuvre d'Abbadie,  traversée par les grands thèmes de l'apologétique et des controverses religieuses  du temps, s’inscrit dans la tradition des  moralistes français du siècle : contre les libertins  et les  mondains— athées, déistes, sceptiques, épicuriens ; contre les hérétiques — ariens, sociniens ; conter les catholiques enfin — Bossuet autant qu’Arnauld. L'ouvrage le plus connu est son grand traité De la vérité de la religion chrétienne: mis à l'index, maintes fois réédité jusqu'en 1864, il eut un immense succès, loué haut et fort par Bussy-Rabutin et la marquise de Sévigné comme préservatif contre l’incrédulité, lu à la Cour de Louis XIV malgré ses pointes contre le catholicisme, et bientôt traduit en anglais puis en allemand. L’Art de se connaître soi-même, profond dans  l’analyse des motivations et stratégies du cœur humain, prend souvent des accents pascaliens, dans une langue française très classique par son élégance et sa simplicité.


(Christiane Frémont, suite du Catalogue des Auteurs)

 

Présentation du livre

L'Art de se connaître soi-même ou la recherche des sources de la morale parut à Rotterdam en 1692, et fut si décisif que l'article "Amour" de l'Encyclopédie résume les chapitres VI à VIII de la seconde partie, concernant la distinction désormais classique de l'amour-propre et de l'amour de soi . Traduit et réimprimé maintes fois jusqu’en 1865, le livre fut attaqué par François Lamy mais défendu par Malebranche. Outre sa signification dans l’œuvre apologétique (le chanoine Lacoste en fait la quatrième partie du Traité de la vérité de la religion chrétienne en son édition de 1826) puisque seule la religion chrétienne sait rapporter l’amour de soi et d’autrui à sa source pour lui trouver sa véritable finalité, la portée psychologique de l'ouvrage est incontestable, par l'analyse approfondie des fantasmes de l'intérêt et des pièges de  l'inconscient. L’auteur dénonce, en ce siècle de gloire, la volupté et surtout l'orgueil, usurpation de ce qui n'appartient qu'à Dieu, et retrouve, dans la critique des mondains, des thèmes et accents pascaliens.

La présente édition reprend celle de 1712 (cliché BnF), et respecte l’orthographe souvent variable de l’auteur, en rectifiant toutefois quelques fautes manifestes et usages typographiques, et rétablit (suivant l’édition de Toulouse, 1865) des mots ou membres de phrases mal compris ou omis par l’éditeur (signalés par des crochets).

Christiane Frémont

 

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