Corpus des Œuvres de Philosophie en Langue française

 

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LAMY

De la connaissance de soi-même (1694-1698)

Originaire du Perche, dom  François Lamy (1636-1711), bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, esprit plus brillant que profond, disait-on, s’est signalé dans les armes, la religion et les lettres avec un égal bonheur. Théologien et moraliste, il s’intéressa aussi à la philosophie et à la physique ; disciple de Malebranche, il fut l’un des premiers de son Ordre à soutenir et enseigner la pensée cartésienne, et prit part à toutes les querelles qui agitèrent l’époque : le quiétisme, la grâce, le pur amour, la rédemption, l’occasionnalisme, l’harmonie préétablie, les vérités nécessaires, l’athéisme, les études monastiques. Son zèle pour la polémique incita ses supérieurs à lui interdire de poursuivre la querelle de l’amour divin … Il eut pour interlocuteurs les plus grands penseurs du temps : Bossuet, Arnauld, Nicole, Spinoza, Leibniz, Fontenelle. Sur le tard de sa vie, il tint à l’abbaye de Saint-Denis, où il mourut, des conférences très prisées des beaux esprits de la capitale.
De ses ouvrages (une dizaine), le plus important, et le plus connu,  est le volumineux traité De la connaissance de soi-même publié de 1694 à 1698 en trois Traités suivis d’Éclaircissements (5 tomes en 4 volumes), qui est à la fois de métaphysique, de théologie et de psychologie. Si les  deux premiers Traités retiennent l’attention des philosophes par l’analyse fine des difficultés que présente une science du sujet,  le troisième (le plus développé) fut le plus en vogue auprès du public et des moralistes, ayant pour thème ce que nous appellerions aujourd’hui la psychologie des profondeurs (et son rapport à la moralité) : comment comprendre cette obscurité du sujet à lui-même ? et ce penchant naturel à se fuir soi-même, dans l’ambivalence mêlant inextricablement le narcissisme et le masochisme.

 

Présentation du livre

Le traité De la Connaissance de soi-même  publié à Paris, chez Pralard, comporte 5 tomes en 4 volumes in 12° : trois traités suivis d’Éclaircissements. Le premier tome (1694, 1volume) contient deux traités : le premier, Des secours que le bon usage de la solitude donne aux solitaires pour l’étude de soi-même, réfléchit sur la nécessité, les problèmes et les conditions de l’analyse de l’âme en tant que moi ; le second, Introduction à l’étude de soi-même, où l‘on examine l’homme selon son être naturel, expose une physique et une métaphysique du sujet fondées sur la connaissance du corps, de l’âme, et de leur essentielle union, qui fait toute la nature de l’homme. Le troisième traité, De l’Être moral de l’homme, occupe les tomes 2, 3 et 4 : au tome 2 (1697, 1 volume), la Ière et la IIème Parties analysent le rapport de la moralité (et de son dérèglement)  à l’idée de Dieu comme justice immuable – c’est dans ce rapport que se révèlent les « contrariétés » de l’homme, tant du corps que du cœur. Le tome 3 (1697, 1 volume) contient la IIIème Partie, qui est un traité des passions (examen du cœur humain dans son rapport aux autres et à son propre corps) ; et le début de la IVème Partie (sections 1 et 2), traitant du cœur humain considéré en lui-même : illusions du cœur, leurres de l’amour-propre, ambivalence de l’amour et de la haine de soi. Les tomes 4 et 5 (1698, 1 volume) réunissent la fin de la IVème Partie (sections 3 à 6) où s’achève l’analyse des passions, et l’ensemble des Éclaircissements.

C’est au Second Traité (dans sa seconde partie), que Lamy, au bénéfice de l’occasionnalisme de Malebranche, critique l’harmonie préétablie de Leibniz dans l’explication de l’union  de l’âme et du corps – mais cela seulement dans la seconde édition des deux premiers traités, revue et augmentée, parue en 1699 après la publication de l’ensemble. Le Troisième Traité (IVème partie, section II, chapitres I à VIII ) examine, et au passage critique Abbadie,  la question de l’amour de soi et de Dieu ; les tout derniers Éclaircissements (ajoutés à la fin du tome 5) , reviennent sur celle de l’amour de Dieu ou pur amour abordée au neuvième et dernier chapitre, occasion en 1698-1699 d’un échange polémique entre l’auteur et Malebranche, au terme duquel  (au moment de la condamnation des Maximes de Fénelon en mai 1699), il sera interdit au Père Lamy de poursuivre la discussion. 

Nous publions l’ouvrage, dans son édition complète (1694-1698, 4 volumes, cote BnF [R-18697-18700),  en 3 volumes : le premier en 2008,  traités I et II ;  le second en 2009, traité  III ; le troisième en 2010, Éclaircissements  auxquels nous joindrons les nombreux passages modifiés ou ajoutés aux traités I et II dans la version de 1699. Nous avons simplifié la mise en pages, en renonçant (sauf exception) aux notes marginales, désormais placées en bas de page lorsqu’il s’agit de références ou de citations,  et intercalées dans le texte lorsqu’il s’agit de sous-titres. Nous avons respecté la ponctuation et les variations de l’orthographe sauf cas d’erreurs manifestes, en français comme en latin. Les Tables des chapitres ont été renvoyées à la fin de chaque volume, le dernier récapitulant la Table de l’ouvrage entier.

Christiane Frémont

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