Corpus des Œuvres de Philosophie en Langue française

 

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MEYERSON

De l'explication dans les sciences (1921)

Pour Emile Meyerson (1859-1933) la philosophie reste indépendante de toute profession ou carrière: de la fabrication de l’indigo synthétique, il passe à l’agence Havas, puis dans l’organisation philanthropique du baron Rothschild. Né en Pologne russe, il fait de solides études en Allemagne puis s’installe en France en 1882: recevant chaque semaine en son salon parisien scientifiques et philosophes, il se distingue par son immense érudition tant en sciences (même de pointe) qu’en philosophie. Son premier travail, en 1889, portait sur les anciennes mathématiques égyptiennes ; suivront des écrits sur la chimie, puis des ouvrages d’épistémologie.
Son propos: une théorie de la connaissance, par l’analyse des procédures de l’explication scientifique, à travers les hypothèses anciennes et modernes — en soulignant que les théories périmées ou erronées sont aussi instructives et intéressantes que les contemporaines réputées vraies. L’activité scientifique tente invariablement de réduire le réel à l’identité au moyen de la causalité, mais se heurte à la résistance du devenir (le principe de Carnot en donne le meilleur exemple), indice d’un irrationnel qui est la marque du réel. Si Bachelard s’est défini contre Meyerson, H. Metzger (qui lui a consacré un article dès 1922), A. Koyré et T. Kuhn l’ont suivi, et par sa méthode renouvelé l’histoire des sciences.

Catalogue des Auteurs, décembre 1995. (Christiane Frémont)

 

Présentation du livre

Emile Meyerson, juif polonais né à Lublin, s’est formé à la chimie en Allemagne, avant de s’établir à Paris dans les années 1880 où il travaille d’abord dans l’industrie chimique. Il entreprend ensuite une œuvre de philosophie de l’intellect fondée sur l’histoire des sciences, tout en gagnant sa vie, comme rédacteur à l’Agence Havas, puis employé d’Edmond de Rothschild et enfin de la Jewish Colonization Association.
    Meyerson commence son œuvre de philosophe relativement tard. Il publie son premier ouvrage Identité et réalité en 1908, à l’âge de 50 ans. Ce fut un événement. L’ouvrage est aussitôt salué par les philosophes de métier – Henri Bergson, André Lalande, Léon Brunschvicg – Meyerson est admis à la Société française de philosophie, collabore au Vocabulaire technique et critique de la philosophie, dirigé par Lalande, est reçu dans les salons parisiens. Toutefois il n’accède jamais à un poste académique. Dans son deuxième livre De l’explication dans les sciences (1921) il poursuit l’exploration de l’intellect humain à travers les produits de la pensée, en fouillant l’histoire de la physique, de la chimie et de la philosophie, et en dialoguant avec les savants contemporains – Einstein, Paul Langevin, Georges Urbain….. En 1925, il confirme sa thèse maîtresse sur la tendance de l’intellect à l’identification en l’appliquant à la théorie de la relativité (La déduction relativiste, Paris, 1925), avant de la mettre à l’épreuve d’une analyse de la pensée logique et mathématique dans une publication monumentale, en trois volumes, Du cheminement de la pensée, paru en 1931. Malgré des ennuis de santé, Meyerson met encore ses idées à l’épreuve de l’actualité scientifique dans un dernier opuscule Réel et déterminisme dans la mécanique quantique publié l’année de sa mort par Louis de Broglie dans la collection qu’il dirige chez Hermann. Le second livre de Meyerson, De l'explication dans les sciences, fut publié pour la première fois à Paris en 1921. Nous avons suivi le texte de l'édition donnée chez Payot en 1927, en modernisant certaines particularités typographiques vieillies dans l'écriture de la langue allemande.


Bernadette Bensaude-Vincent

 

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