Corpus des Œuvres de Philosophie en Langue française
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RENOUVIER
La nouvelle monadologie (1899)
Charles Renouvier (1815-1903), philosophe universitaire, s’est très tôt spécialisé dans l’histoire de la philosophie française. Il y joua un rôle fondateur, pour avoir doté la discipline d’une rigueur scientifique purifiée de l’unanimisme ambiant de la fin du siècle. Catalogue des Auteurs, décembre 1995. (Christiane Frémont) |
Né à Montpellier, Charles Renouvier entre en 1834 à l’École polytechnique, y rencontre Auguste Comte, alors répétiteur; Jules Lequier son condisciple l’initie au problème métaphysique du libre arbitre, qui sera la clef de voûte de sa doctrine. Renonçant à la carrière militaire, il choisit la philosophie; penseur républicain en 1848, il s’engage dans la pensée spéculative, après le coup d’État de 1851, pour élaborer une doctrine qu’il nommera “nouveau criticisme” (tentative de prolonger Kant dans une voie opposée à l’idéalisme allemand), et qui connaîtra un succès tardif mais non négligeable auprès des professeurs de la Troisième République. A partir de 1872, il fonde avec la collaboration de François Pillon une revue, La Critique philosophique (1872-1889), dans laquelle il tire de ses principes philosophiques des applications institutionnelles. En 1897, il s’installe à Perpignan puis à Prades (1901) avec son disciple Louis Prat, professeur de lettres au collège, qu’il a rencontré dans les années 1880 (cf. leur correspondance inédite, fonds Renouvier de la Bibliothèque Universitaire de l’Université Paul-Valéry de Montpellier). C’est à l’âge de 83 ans que le philosophe entreprend La Nouvelle Monadologie avec la collaboration de Prat, lequel par la suite accomplira un utile travail de mémoire, en publiant les écrits posthumes et en rédigeant la biographie du maître (Charles Renouvier – sa doctrine, sa vie, 1937); après la mort de Renouvier, il s’orientera vers une doctrine inspirée du “catharisme” et liée à ses origines ariégeoises (La Religion de l’Harmonie, 1922; L’Harmonisme, 1927).
La philosophie de Renouvier a subi plusieurs inflexions au cours de son évolution. Dans ses précédents écrits, l’auteur présente sa pensée sous la forme nouvelle d’une “doctrine de la Conscience” opposée à la “doctrine de la Chose”. La Nouvelle Monadologie marque un tournant en direction de Leibniz, par-delà Kant. Le problème de l’individuation amène le philosophe à renouer dans les dernières années de sa vie avec la doctrine des monades, jadis convoquée dans les deux Manuels de 1842 (Philosophie moderne) et 1844 (Philosophie ancienne) dans le cadre d’une ontologie infinitiste bientôt abandonnée. Les conjectures sur la création et l’origine du mal conduiront enfin au Personnalisme (1903), ultime reformulation de la doctrine. Ces remaniements successifs n’ont toutefois pas affecté les principes directeurs du “nouveau criticisme”.
Il est difficile d’évaluer précisément la contribution du disciple à La Nouvelle Monadologie. Dans son ouvrage biographique, Prat affirme être l’auteur du plan et avoir rédigé certains passages (notamment les pages d’esthétique portant sur le rire, le laid, le joli, et une note sur l’amour), textes dont Renouvier l’aurait félicité. Quoi qu’il en soit, on doit lui attribuer la paternité du concept de “nolonté” développé dans la Cinquième Partie. Si l’on peut parler selon toute vraisemblance d’une communion d’idées née des conversations quotidiennes, il ne fait aucun doute que les principes philosophiques essentiels qui structurent l’ouvrage sont de Renouvier. Reformulation d’une doctrine, ce livre est aussi, en effet, la synthèse d’une œuvre. L’institution philosophique saisit d’ailleurs l’occasion de cette publication pour accorder au père du néocriticisme français une reconnaissance officielle tardive : Prix Estrade Delcros et élection à l’Académie des Sciences morales et politiques, en 1900, avec le soutien d’Émile Boutroux.
La Nouvelle Monadologie a été écrite entre 1897 et 1898, et publiée chez Armand Colin en 1899. Les épreuves du livre portent la date du 17 septembre 1898 (Archives Gérard Pyguillem, actuellement fonds Renouvier de la Bibliothèque de l’Université Paul-Valéry). L’auteur avait, semble-t-il, prévu une seconde édition, qui ne vit jamais le jour. Nous suivons donc le texte de l’unique édition originale, dont les erreurs typographiques ont été corrigées.
Le numéro 45 de Corpus, revue de philosophie est entièrement consacré à Charles Renouvier.
Laurent Fedi
Guillaume Sibertin-Blanc